Cadran solaire de l’Hérault : Abbaye de Valmagne

Etude de l’ensemble gnomonique de l’abbaye de Valmagne.

Cadran solaire situé dans l’Hérault (34).

 

 

L’abbaye cistercienne de Valmagne

Cadran solaire Benoit Valmagne Hérault.

Historique (écrit pris sur le site de l’abbaye)

C’est en 1138 que Raymond Trencavel, Vicomte de Béziers, fonda l’Abbaye de Valmagne sur la commune de Villeveyrac, prés de Mèze et de l’étang de Thau dans le Languedoc -Roussillon. Du 12ème siècle au début du 14ème elle fut l’une des abbayes cisterciennes  les plus riches du sud de la France.
Abbaye bénédictine lors de sa fondation, Valmagne se rattachera, dès 1159, à l’ordre de Cîteaux, deuxième réforme des Bénédictins, et dès lors observera la règle morale, mais aussi architecturale qui avait été définie par St Bernard.
Après une période d’expansion et de richesse, l’Abbaye fut confrontée à la guerre de Cent ans et aux guerres de Religion.
Très endommagée, l’abbaye n’eut pas trop des deux siècles suivants pour retrouver sa splendeur primitive. Mais la Révolution vint fondre sur une abbaye où la décadence s’était déjà installée. Les derniers moines s’enfuirent en 1789 et Valmagne fut saccagée.

Confisquée comme bien national, l’Etat ne garda pas cet édifice et M. Granier-Joyeuse en fit l’acquisition en 1791. Après sa mort, ses héritiers s’en débarrassèrent en 1838. L’abbaye fut rachetée le 29 juillet de cette année par le comte de Turenne et ne fut jamais revendue, mais les difficultés, que posent de nos jours l’entretien d’un tel édifice, sont toujours croissantes, et la responsabilité d’un tel ensemble est à la fois merveilleuse et angoissante.

L’église actuelle,(24.5m de haut et 83m de long)  de style gothique classique, reconstruite en 1257, fut convertie en chai après la Révolution.
Le charme de la fontaine du cloître, la pureté de la salle capitulaire avec sa voûte d’arêtes surbaissée d’ogives, la taille de cet édifice majestueux,  font de Valmagne  l’un des monuments historiques prestigieux du Languedoc- Roussillon, siège de nombreuses animations culturelles.

Photo Alain Gas; « Eglises Romanes Oubliées du bas Languedoc » de Pierre A.Clément mars 1989.

Les cadrans solaires

Les deux cadrans solaires se trouvent sur les façades du cloître qui donnent sur la cour intérieure. Les façades ont été dernièrement restaurées. Madame d’Allaine mère, rencontrée ce jour-là, m’a confirmé l’époque des ravalements (fin des années 1990) et informé que les deux cadrans solaires étaient en place et possédaient encore leur table intacte au moment des travaux.

Cadran solaire Benoit Valmagne Hérault.Le cadran solaire déclinant du matin (sud-est)

Cadran solaire déclinant du matin. Cour intérieure du cloître de l’abbaye de Valmagne

Aujourd’hui, la table de ce cadran solaire est faite comme le reste des façades d’un enduit neuf. Rien n’aurait été conservé de son ancienne facture, si ce n’est le style en fer forgé et flèche ajourée et, peut- être un relevé sur plan des restes de son tracé mathématique et de son décor (je n’en ai pas eu connaissance après question posée à la propriétaire). Nous nous trouvons là devant une restitution d’un cadran solaire ayant existé à cet endroit. Toutes traces gravées de repères anciens ont donc disparu, et, s’ils ont été relevés sur papier avant destruction de la table, ils n’ont pas été reportés sur le nouveau tracé. Sur la photo d’Alain Gas, on remarque que l’enduit de la table est quasiment ruiné, seul reste en surface conséquente la zone comprise dans le croissant de Lune du dessin actuel.

Il serait intéressant de visualiser, si elles existent, des photos avant travaux, la propriétaire n’en possédant pas. La question a été posé à l’architecte en en chef des Monuments Historiques de l’Hérault, pour qui  je suis venu faire ces investigations, il n’en posséde pas dans son dossier sur Valmagne.

Le tracé mathématique de ce cadran solaire est correct; il a été en partie  relevé sur les derniers vestiges de la table. Bien que très limités en longueur, ces repères ont servi au tracé complet du cadran solaire. Le dessin actuel des lignes horaires, qui vont au-delà des limites du croissant, tout en haut de la table du cadran restauré, confirme cette hypothèse. Un restaurateur en peinture murale n’improvise pas, il s’appuie sur le modèle existant. Nous avons donc là, la preuve qu’un cadran solaire, antérieur à celui ruiné de la fin du XXème siècle, occupé déjà cette place.

En ce qui concerne le style en fer forgé, il reste à comprendre pourquoi il possède des marques de scellements visibles, comme s’il avait été repositionné après finition de la table.

Inspection et investigation

La table,  après sondage, est très cohérente : aucune zone ne sonne creux, seule sa surface extérieure est préoccupante. Le rejet libre des eaux de toiture, lors des pluies,  vient à trois endroits percuter l’enduit de cette façade dont l’un se trouve sur la table du cadran. La cause revient à trois «  tuile- canal » qui, par leur mauvaise inclinaison ou par  un défaut de malformation ne rejettent pas les eaux au-delà du droit du mur. L’intervention, ici, pour remettre de l‘ordre à la chose est insignifiante. Pour la zone concernant le cadran, les eaux de pluie chargées de poussières et autres corps sapent petit à petit la consistance de l’enduit, un manque de matières à l’endroit des impacts  est observable, des  micro-organismes (bactéries, alIgues, lichens) colonisent cette zone arrosée et accélèrent la dégradation. De plus, les eaux véhiculent sur le corps d’enduit, des particules ferriques prises sur le style en fer forgé qui participent à la ruine de l’ensemble.  Les peintures qui encadrent cette zone, faites à base de chaux et adjuvants se décomposent (désolidarisation pigmentaire). Si la dernière intervention date d’une quinzaine d’années, on reste dans le correct en matière de vieillissement des peintures à la chaux, en sachant aussi, que l’on est à Valmagne  proche de la mer. Le style est bien ancré dans le corps de maçonnerie.

Il manque pour être complet, les connaissances historiques de ce petit monument. Pour moi, avec le peu d’éléments à ma disposition, ce cadran paraît plus une copie réalisée à partir de vieux clichés ou même d’un relevé, que d’une œuvre reproduite à partir de vestiges existants. Vos archives, Monsieur Larpin, devraient faire la part de vérité.

Mesure de conservation préventive à entreprendre

Il faut aujourd’hui remettre de l’ordre dans l’écoulement des eaux de pluie qui,  pour moi, est responsable de ce désordre. Pour la table du cadran solaire, l’application d’un biocide suivie d’un  léger masticage donnera à la zone sapée son aspect d’origine. Un nettoyage des peintures avec une solution d’ammonium, leur rafraichissement et leur consolidation avec une solution de silicate d’éthyle effaceront, sans grand effort, ce problème. Hormis le cas des eaux de toiture  et le fait de l’impact esthétique pour les visiteurs, il n’y a pas grande urgence.

Cadran solaire Benoit Valmagne Hérault.Le Cadran déclinant de l’après midi

Cadran solaire de l’après-midi .Cour  intérieure du cloitre de l’abbaye de Valamagne

Ce cadran solaire a conservé, lors des travaux de ravalement des façades, sa table. Nous avons là, la dernière facture de restauration qui remonte au début du XIX siècle, et que les derniers restaurateurs de la fin du XX è ont conservée. Ce cadran  solaire porte sur sa table  les marques gravées d’un ancien tracé gnomonique que les propriétaires de l’époque XIX è  n’ont pas voulu ou pu conserver. La table de ce cadran n’est pas centrée entre les deux ouvertures. De plus, on remarque qu’elle a été diminuée du côté de la grande porte- fenêtre  (les chiffres romains de II à VI n’occupent pas leur place d’origine). Tout laisse croire que  le cadran existait avant celle-ci (éventuellement, si l’on connait la date de la création de cette ouverture on datera la dernière restauration). Les vestiges de l’ancien tracé gravé dans le corps d’enduit de la table nous donnent une toute autre interprétation de cette œuvre, et recule son millésime au XVIII siècle. Une large surface en bas de la table laissait très certainement la place à une devise (religieuse), ce qui pour  un cadran solaire réalisé sur corps d’enduit et selon les techniques de la fresque ou fresque secco dans un cloître est dans la norme de l’appareil existant. L’aspect extérieur de ce vieil indicateur du temps est bon.

Inspection et investigation

La dernière restauration, faite il y a une quinzaine d’années, a subi les mêmes dégradations que son voisin hormis bien sûr les problèmes issus de la tuile. La table seule, après sondage, recèle de nombreux décollements de l’enduit sans pour autant montrer des fissures ou craquelures alarmantes.

Mesure de conservation préventive à entreprendre

Le décollement du corps d’enduit devra faire l’objet d’une surveillance. Un nettoyage des peintures avec une solution d’ammonium, leur rafraichissement et leur consolidation avec une solution de silicate d’éthyle  redonneraient du prestige à l’œuvre, mais  il n’y a pas grande urgence. Ce cadran solaire s’intègre très bien dans son milieu.

Pour conclure

L’ensemble gnomonique de l’abbaye de Valmagne  trouve bien ses origines au delà de la Révolution française. Le dernier siècle de la splendeur de Valmagne, sera celui qui verra la naissance de ses horloges solaires.

Didier Benoit.